Sept heures de cinéma en une seule journée : à première vue, l’expérience peut sembler éprouvante. Avec le nouveau film de Peter Mettler, il s’agit plutôt d’une invitation à s’affranchir du rythme habituel du cinéma. Le cinéaste helvético-canadien fait de sa propre vie la matière du film : conversations, voyages, histoire familiale, maladie, mort, nature et souvenirs s’entremêlent. D’une durée de 420 minutes, le film sera présenté en octobre et novembre 2026 lors de huit événements spéciaux, en deux parties séparées par une pause repas, en présence du réalisateur.
SEPT HEURES PLEINES DE VIE
WHILE THE GREEN GRASS GROWS: A DIARY IN SEVEN PARTS dure 420 minutes et sera projeté dans les cinémas suisses à l’occasion de huit séances uniques.
Peter Mettler – un cinéaste entre le Canada et la Suisse
Né à Toronto en 1958, Peter Mettler est un cinéaste, directeur de la photographie et producteur helvético-canadien. Ses parents avaient quitté la Suisse pour le Canada au milieu des années 1950 ; sa mère était originaire du Toggenburg, son père de Zurich. Les liens avec la Suisse – en particulier ceux de son père – sont restés étroits. Peter Mettler lui-même a passé une partie de sa scolarité en Suisse et a obtenu son diplôme au Canadian College de Lausanne. Aujourd’hui encore, il vit et travaille régulièrement dans les deux pays.
Mara Züst, artiste et descendante de la famille Feller, dont la fortune est liée au célèbre fabricant suisse d’interrupteurs et de prises électriques, joue un rôle important dans le nouveau film. Elle met 50 000 francs à la disposition de Mettler, lui permettant ainsi de commencer le projet sans scénario classique. Cette forme de mécénat privé correspond bien à un film qui, plutôt que de raconter une histoire au sens traditionnel, laisse s’entremêler pensées, souvenirs, rencontres et images.
SPECIAL EVENT TOUR 2026
3 octobre | Rex Berne
13 h–22 h
4 octobre | Le Cinématographe Lausanne
11 h–20 h
10 octobre | Xenix Zurich
12 h 30–21 h 30
25 octobre | Kinok Saint-Gall
11 h 00–19 h 30
1er novembre | Le Royal Sainte-Croix
11 h–20 h
7 novembre | Stadtkino Bâle
14 h 15–23 h
14 novembre | Stattkino Lucerne
12 h 30–21 h 30
28 novembre | Korso Fribourg
12 h 30–21 h 30
Les sept parties seront présentées le même jour en deux blocs, séparés par une pause repas. Peter Mettler sera personnellement présent lors des projections.

La vie fait le film
Mettler commence son journal filmé en 2019. Sa mère vient alors de mourir, son père Freddy décède pendant le tournage, puis viennent la pandémie et sa propre maladie. WHILE THE GREEN GRASS GROWS n’est pourtant pas un film sur la perte. Le fait même de filmer devient plutôt une manière d’observer la vie en train de se dérouler. «Let life make the film» – laisser la vie faire le film – tel est le point de départ de Mettler. Comme l’eau, le film doit trouver son propre chemin : à travers le Canada, la Suisse, les États-Unis et Cuba, au fil des rencontres avec des êtres humains, des animaux, des paysages et des observations apparemment anodines. Le cinéma-vérité y côtoie le rêve, les images psychédéliques et des univers sonores expérimentaux.
Le hasard crée des liens
La radicalité de l’œuvre de Mettler réside dans son refus de faire entrer rétrospectivement la vie dans un récit bien ordonné. Les souvenirs se superposent au présent, les lieux se fondent les uns dans les autres, les hasards créent des liens. Le film est à la fois chronique familiale, essai, récit de voyage, déclaration d’amour et méditation sur notre mortalité. Mettler lui-même ne considère pas le fait de filmer la mort comme une stratégie pour surmonter l’épreuve, mais comme une manière d’accepter ce qui advient.

Un cinéma contre l’accélération
Sept heures peuvent sembler presque anarchiques à l’ère des Reels, des Shorts et de la distraction permanente. Mais cette durée fait précisément partie du concept. WHILE THE GREEN GRASS GROWS n’exige pas une attention de chaque seconde, il offre au contraire du temps : pour les rencontres, les digressions, le silence et les petits miracles du quotidien. Le tragique côtoie le comique, le philosophique se mêle au poétique. Le dossier de presse présente le film comme l’œuvre la plus ambitieuse de Mettler à ce jour – un journal réalisé sur plus de trois ans et d’une intimité surprenante. Le cinéaste Atom Egoyan parle d’une «expérience cinématographique qui change la vie». La reconnaissance internationale a commencé avant même que l’œuvre en sept parties ne soit achevée : plusieurs volets du projet ont notamment été récompensés à Visions du Réel, DOK Leipzig, RIDM, ainsi qu’à Bolzano et Medellín. La version intégrale a été présentée en première mondiale à TIFF Docs en 2025 et a reçu l’Opus Bonum Student Jury Award au Ji.hlava International Documentary Film Festival. Le jury a salué un film qui, dans un monde toujours plus accéléré, rappelle la force de l’arrêt, du silence et de la présence.

Peter Mettler – le cinéma comme état
Depuis des décennies, Peter Mettler compte parmi les voix les plus singulières du cinéma documentaire. Ses films se situent à la croisée de l’essai, du récit de voyage, de l’entretien, de la fiction et de l’expérimentation ; la nature, la technologie, la perception et la transcendance y occupent une place centrale. Des œuvres comme PICTURE OF LIGHT, GAMBLING, GODS AND LSD, THE END OF TIME ou BECOMING ANIMAL lui ont valu de nombreuses distinctions ainsi que des rétrospectives à l’international. WHILE THE GREEN GRASS GROWS rassemble nombre de ces préoccupations tout en étant sans doute son œuvre la plus intime. Ses sept heures relèvent donc moins du marathon cinématographique que d’une forme devenue rare d’expérience en salle : on donne une journée au film – et l’on reçoit du temps en retour.