La réalisatrice Marina Klauser raconte l’histoire vraie de la secte suisse Methernitha, de son fondateur Paul Baumann et des femmes qui ont réussi à briser son système de manipulation, de contrôle et d’abus sexuels. Aux jeunes filles recrutées par la secte, Baumann promettait qu’elles pourraient devenir des anges – mais en réalité, leur vie au sein de la communauté était marquée par le mensonge, le contrôle et la violence.
UN DIABLE COMME GOUROU
- Publié le 11. août 2026
DEVIENS UN ANGE
Pour nous, la série a été vue par Felix Schenker.
Derrière le décor idyllique de l’Emmental s’est constituée une communauté fermée, au sein de laquelle le gourou Paul Baumann exerçait, en tant que figure paternelle spirituelle, une autorité presque absolue. En 1976, il a été condamné à sept ans de prison pour abus sexuels sur des mineur·es. Particulièrement perfide était la promesse de salut religieux par laquelle Baumann s’attachait de jeunes filles. Il leur faisait croire qu’elles pourraient devenir des anges et atteindre un niveau spirituel supérieur. Ce qui était présenté comme un chemin vers la pureté et la rédemption est devenu un instrument de manipulation et de dépendance. Derrière la rhétorique religieuse se cachaient le contrôle, la violence et les abus sexuels. Le film de Marina Klauser s’intéresse moins au mythe du chef de secte charismatique qu’aux femmes qui lui ont été livrées. DER ENGELMACHER déplace ainsi le regard, du coupable vers les victimes.
DE JEUNES FEMMES BRISENT LE SILENCE
D’anciens membres racontent un quotidien dans lequel foi, travail et obéissance étaient étroitement liés. Klauser mêle leurs témoignages à des images d’archives, des documents historiques et des séquences mises en scène. Peu à peu se dessine ainsi l’image d’un système dont le pouvoir ne reposait pas uniquement sur la personnalité de Baumann, mais aussi sur l’isolement, la dépendance et la promesse d’un salut spirituel. La série devient particulièrement saisissante lorsque les personnes concernées prennent elles-mêmes la parole. Les jeunes filles auxquelles Baumann avait autrefois promis qu’elles deviendraient des anges sont devenues des femmes qui se sont opposées à lui et ont finalement contribué à le faire comparaître devant la justice. DER ENGELMACHER ne raconte donc pas seulement une histoire d’abus, mais aussi le lent éveil hors d’un système de croyance fermé.
L’IDYLLE EN CONTREPOINT
Sur le plan cinématographique, Klauser exploite le contraste entre la quiétude du paysage et ce qu’ont subi les personnes concernées. L’Emmental apparaît presque paradisiaque, ce qui rend les récits d’autant plus éprouvants. La beauté des lieux entre ainsi en contradiction troublante avec ce qui se déroulait au sein de la communauté. Le film renonce en grande partie aux mécanismes sensationnalistes du true crime. Plutôt que de diaboliser l’auteur des faits ou de présenter la vie sectaire comme un phénomène exotique et exceptionnel, Klauser interroge les mécanismes du pouvoir : comment naît la dépendance ? Pourquoi un tel système peut-il perdurer pendant des années ? Et que faut-il pour parvenir à s’en libérer ?
CONCLUSION
DER ENGELMACHER est moins le portrait d’un chef de secte que l’histoire des femmes qui ont réussi à se soustraire à son emprise. Marina Klauser relie un pan de l’histoire contemporaine suisse à une analyse oppressante de la manipulation, de la foi et des abus sexuels. Le film est particulièrement fort lorsqu’il donne la parole aux personnes concernées et montre comment l’obéissance peut se transformer en résistance.

