Avec la disparition de Rolf Breiner, la Suisse perd l’un des journalistes de cinéma les plus marquants de sa génération. Pendant des décennies, il a accompagné la création cinématographique nationale et internationale avec passion, compétence et une profonde humanité. Une voix s’est aujourd’hui éteinte, une voix qui n’observait pas seulement le cinéma, mais qui le vivait.
Rolf Breiner (1947–2026) : Un hommage posthume
- Publié le 23. juin 2026
Rolf Breiner (1947–2026) était originaire de Westphalie et vivait en Suisse depuis plus de 35 ans. Il a travaillé comme rédacteur à la Weltwoche, dans plusieurs quotidiens lucernois ainsi qu’au magazine télévisé TR7 à Zurich. Jusqu’en 2012, il a occupé le poste de rédacteur en chef du mensuel suisse Immobilien Business. Après sa retraite, il a poursuivi son activité comme journaliste indépendant spécialisé dans le cinéma, la télévision et les médias. Pour arttv.ch, il a signé de nombreuses critiques et réalisé de nombreux entretiens.
Une vie consacrée aux histoires sur grand écran
Hommage de Felix Schenker, rédacteur en chef d’arttv.ch
Lorsqu’on évoque Rolf Breiner, beaucoup se souviennent de sa gentillesse, de sa modestie et de son inépuisable curiosité. Mais surtout, ils se souviennent de son immense amour du cinéma. Pendant des décennies, il a écrit pour de nombreux médias, dont arttv.ch, CLICK FILM, Ensuite et d’autres publications. Par ses critiques, il a permis à d’innombrables spectateurs de découvrir des films, de s’orienter dans l’offre cinématographique et de retrouver le goût du grand écran.
Il est toujours resté en retrait. Rolf parlait rarement de lui-même. Ce qui comptait avant tout pour lui, c’étaient les œuvres et les personnes qui les rendaient possibles : réalisateurs et réalisatrices, producteurs et productrices, directeurs de la photographie, actrices et acteurs. Jamais il n’a mis en avant sa propre importance dans le journalisme cinématographique suisse, alors qu’il comptait parmi les critiques de cinéma les plus respectés du pays.
Sa fascination pour les images remonte à l’enfance. Les bandes dessinées furent l’une de ses premières passions et, très tôt, il se mit à dessiner ses propres histoires. Pour lui, les images n’étaient jamais de simples illustrations, mais des récits porteurs de sens. Cet enthousiasme l’a accompagné toute sa vie et a profondément marqué son regard sur le cinéma.
La passion plutôt que le devoir
Son parcours professionnel l’a conduit de la Weltwoche de Hans O. Staub au Luzerner Tagblatt, puis au magazine télévisé TR7. Mais pour Rolf, le cinéma était bien plus qu’un métier : c’était une passion.
Pendant des décennies, il a fréquenté festivals, projections de presse et avant-premières. Avec son épouse Irène, il s’est rendu près de cinquante fois au Festival du film de Locarno. Il a été membre de jurys dans différents festivals et s’est engagé comme membre du comité de sélection de la Semaine de la critique.
Le documentaire et le cinéma suisse lui tenaient particulièrement à cœur. Il ne voulait pas seulement voir les films, mais aussi rencontrer celles et ceux qui les créaient : réalisateurs, producteurs, directeurs de la photographie. Leur travail l’intéressait autant que l’œuvre achevée projetée sur l’écran.
Même après sa retraite, il ne s’est jamais éloigné du cinéma. Grâce à son propre blog consacré au cinéma et à la culture, il est resté fidèle à sa passion. Son approche en dit long sur son caractère : il choisissait de parler des films qu’il pouvait recommander. Son objectif n’était pas de démolir une œuvre, mais de partager son enthousiasme pour le septième art et de transmettre ce plaisir au public. Un principe qui guide également arttv.ch.
L’un des « derniers Mohicans »
Les nombreux témoignages de ses collègues montrent à quel point Rolf était apprécié. Son confrère de longue date Geri Krebs racontait qu’au cours des dernières années, ils se retrouvaient souvent lors de projections de presse et plaisantaient en se qualifiant de « derniers Mohicans » de leur profession.
Derrière cette plaisanterie se cachait une réalité que Rolf observait avec inquiétude : le journalisme culturel est de plus en plus sous pression. De moins en moins de médias disposent des moyens nécessaires pour accompagner la culture de manière professionnelle, les revenus publicitaires se déplaçant progressivement vers les grandes plateformes technologiques américaines.
Malgré cela, Rolf n’a jamais perdu son optimisme. Ce qui comptait pour lui, c’était avant tout la joie du cinéma, le respect envers les créateurs et les créatrices, ainsi que les liens d’amitié avec ses collègues. Pour la culture cinématographique suisse, il était bien plus qu’un critique : il était un passeur entre les films et leur public, un observateur attentif et un défenseur passionné du cinéma.
Un dernier film
Il est particulièrement émouvant de se rappeler que quelques jours avant son décès, Rolf avait accepté avec enthousiasme d’écrire pour arttv.ch une critique de THE PIANO TUNER avec Dustin Hoffman. Non par devoir, ni pour des raisons financières, mais simplement parce qu’il aimait voir des films et réfléchir à ce qu’ils racontent.
Pour moi, THE PIANO TUNER restera à jamais associé à Rolf. Son film préféré demeurait toutefois IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST de Sergio Leone. Peu d’œuvres réunissent autant de ce qu’il aimait dans le cinéma : de grandes images, de grandes histoires, des personnages inoubliables et la musique magistrale d’Ennio Morricone.
Un héritage qui demeure
Rolf Breiner a accompagné plusieurs générations de cinéastes, vu des milliers de films et écrit d’innombrables articles. Il n’a jamais perdu l’enthousiasme qui, enfant déjà, l’avait conduit vers le monde des histoires dessinées.
Il laisse une empreinte durable dans le paysage cinématographique suisse, auprès de ses collègues et de tous ceux qui ont lu ses critiques. Ses textes demeureront. Mais plus encore, restera le souvenir d’un homme qui a accompagné le cinéma avec cœur, savoir et dévouement.
Rares sont ceux qui ont aimé le cinéma autant que lui.
