Le film se déroule dans le Paris des années 1920-1930. Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale. L'occultisme était en vogue à cette époque, en raison de l'effondrement des religions et du besoin persistant de croire. Pour cet opus Savadori a choisi Pio Marmaï comme personnage principal, il s'agit de leur 4e collaboration, après DANS LA COUR en 2014, EN LIBERTÉ ! en 2018 et LA PETITE BANDE en 2022.
LA VÉNUS ÉLECTRIQUE, une ouverture de Cannes réjouissante
- Publié le 8. mai 2026
Salvadori réalise ce récit à tiroirs dans le Paris des années 1920, présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026 dont il fait l'ouverture.
Ce film est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026 et en fait l'ouverture.
LA VÉNUS ÉLECTRIQUE | SYNOPSIS
Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d'ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l'inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule...
Critique par Ondine Perier
Pierre Salvadori a ouvert cette 79e édition de Cannes avec son récit fantaisiste dans le milieu des arts forains des années 20 à Paris. Suzanne (Anaïs Demoustier), membre d'un cirque, fait des baisers électriques pour 30 centimes à la foire de Saint-Ouen. Rebelle, elle est pourtant soumise au bon vouloir de son père adoptif qui est aussi son patron aussi vénal que libidineux, joué par Gustave Kervern. En tentant de voler quelques amandes et cigarettes dans la roulotte d’une médium, elle se voit malgré elle prodiguer cet art ésotérique auprès d’un jeune veuf désespéré mais riche, Antoine (Pio Marmaï). Suzanne se met à incarner la femme défunte de ce dernier - Irène - via une transe qu'elle mime suffisamment bien pour qu'Antoine porde à l'hameçon.
L’appât du gain entraîne Suzanne chez ANtoine, dans sa demeure cossue à Paris, pour incarner à nouveau Irène. Il s'avère qu'Antoine est un peintre qui n'a pas touché son pinceau depuis la mort de sa femme. Son ami et marchand d’art Armand — Gilles Lellouche — s’aperçoit de la supercherie. D’abord furieux contre Suzanne, il y voit finalement une opportunité de gagner à nouveau bien sa vie : Antoine s’est remis à peindre depuis ses séances de spiritisme où il est convaincu d'entretenir des échanges avec sa femme Irène sous les traits de Suzanne.
Ce récit plein de malice donne une grande place aux sentiments joyeux. Pierre Salvadori nous entraîne dans un Paris magnifié, à travers les avenures de ce quatuor truculent et si attachant. Le passé intervient, entremêlant habilement des flashbacks de l’union passée entre Antoine et Irène.
La reconstitution des années 20 est particulièrement réussie, les décors magnifient la foire de Saint-Ouen. On pense un peu au Paris d'"Amélie Poulain" ou par l'intrigue et la lumière au "Magic in the Moonlight" de Woody Allen, mais avec la patte très singulière de Salvadori.
L’inattendu est au rendez-vous, tout comme l’humour et les quiproquos jubilatoires. Le public rit à plusieurs reprises, et l’on partage le bonheur de jeu des membres du casting. L'empathie avec cette Suzanne, fauchée et amoureuse, espiègle à souhait dans sa roulotte douillette est quais immédiate tout comme avec l'émouvant Antoine, crédule et plein de remords. Armand se dévoile également touchant et Irène - interprétée par Vimala Pons, sublime les scènes de son naturel et sa beauté mélancolique.
S’ajoute ici un vrai sens du rythme et du récit, transcendé par des histoires que l’on se raconte, déjà à l’œuvre dans son merveilleux "En liberté !" où Pio Marmaï excellait déjà. L'univers du cinéaste semble taillé pour lui tant l'acteur y déploit sa palette de jeu impressionnante - certes déjà à l'oeuvre dans l'inoubliable "L'attachement" de Carine Tardieu.
S’il ne s’agit en aucun cas d’un film à message — il s’apparente davantage au conte — on retiendra quand même la condition de vie des femmes circassiennes de cette époque, la sororité entre Suzanne et son amie confidente Camille, et enfin l'art de la mascarade qui peut apporter consolation et réjouissances malgré une moralité relative.
Salvadori choisit toujours la piste du romantisme, pour autant, son film n’en est jamais mièvre. Il aime et défend tous ces personnages, et en cela aussi, LA VÉNUS ÉLECTRIQUE fait un bien fou.