Le Locarno Film Festival fête ses 80 ans. Pour nous, c’est l’occasion d’adresser un message d’anniversaire personnel au seul festival de catégorie A de Suisse – un festival que nous avons le privilège d’accompagner sur le plan éditorial depuis plus de vingt ans, qui conjugue rayonnement international et esprit de découverte, et dont nous devons prendre tout particulièrement soin.
JOYEUX ANNIVERSAIRE – LOCARNO FÊTE SES 80 ANS
- Publié le 27. juillet 2026
Il y a des festivals de cinéma qui vivent avant tout de stars, de tapis rouges et de premières. Et puis, il y a Locarno.
LOCARNO 2026 | LES TEMPS FORTS
233 FILMS, 103 PREMIÈRES MONDIALES
La 79e édition présente 233 films, dont 103 premières mondiales. Le programme va de productions audacieuses sur le plan formel à des films grand public destinés à la Piazza Grande. Onze premiers longs métrages sont nommés pour le Swatch First Feature Award, tandis que 19 films concourent pour le Pardo for Change, qui récompense des œuvres consacrées à des enjeux sociaux, éthiques et écologiques urgents.
ISABELLA ROSSELLINI SUR LA PIAZZA GRANDE
L’actrice et réalisatrice italo-américaine Isabella Rossellini reçoit l’Excellence Award. Fille d’Ingrid Bergman et de Roberto Rossellini, elle compte parmi les personnalités les plus marquantes du cinéma international et s’est depuis longtemps également imposée comme réalisatrice et autrice.
UN LÉOPARD D’HONNEUR POUR DARREN ARONOFSKY
Darren Aronofsky, réalisateur de REQUIEM FOR A DREAM, BLACK SWAN et THE WHALE, reçoit le Pardo d’Onore. Dans le cadre de cet hommage, le festival présente également ses films THE FOUNTAIN et MOTHER!.
D’AUTRES INVITÉ DE PRESTIGE
Plusieurs prix honorifiques assurent une présence supplémentaire de grandes personnalités. Le Vision Award est décerné au maquilleur maintes fois récompensé Rick Baker, le Leopard Club Award à Virginie Efira et le Life Achievement Award à Asia Argento. Le réalisateur américain James Gray est lui aussi honoré à Locarno avec le Pardo alla Carriera.
RED & BLACK
La grande rétrospective «Red & Black – Hollywood Left and the Blacklist» est consacrée à la gauche hollywoodienne et à la persécution des professionnel du cinéma durant l’ère du maccarthysme. Elle met notamment à l’honneur des réalisateur, scénaristes et acteur comme John Garfield, Joseph Losey, Dalton Trumbo, Dorothy Parker, Richard Wright et Charlie Chaplin. À l’heure où la liberté d’expression et la liberté artistique font de nouveau l’objet d’attaques, cette rétrospective historique revêt une actualité troublante.
LES FILMS DE DEMAIN
Parallèlement à la Compétition internationale, Locarno porte son regard sur de nouvelles voix cinématographiques. Les sections Cineasti del Presente et Pardi di Domani, ainsi que les prix consacrés aux premiers films, font du festival un lieu essentiel de découverte pour les réalisateur en début de carrière.
PANORAMA SUISSE
Panorama Suisse offre un aperçu concentré de la création cinématographique suisse actuelle. La sélection réunit des succès de festivals, des films appréciés du public ainsi que des productions qui ne sont pas encore sorties régulièrement en salle. Le programme est élaboré par des représentant des Journées de Soleure, de l’Académie du cinéma suisse et de SWISS FILMS.
Nous recommandons tout particulièrement: À BRAS-LE-CORPS de Marie-Elsa Sgualdo, QUI VIT ENCORE de Nicolas Wadimoff, SIE GLAUBEN AN ENGEL, HERR DROWAK? de Nicolas Steiner et TRISTAN FOREVER de Tobias Nölle et Loran Bonnardot.
OPEN DOORS ET LOCARNO PRO
Avec Open Doors, le festival soutient des professionnel du cinéma issu de régions où la création indépendante est particulièrement difficile. Locarno Pro réunit des producteur, réalisateur, distributeur, programmateur de festivals et institutions de financement, renforçant ainsi la place de Locarno comme lieu international de travail et de rencontre pour l’industrie cinématographique.
L’URUGUAY À L’HONNEUR
En 2026, la plateforme professionnelle First Look tourne son regard vers l’Uruguay. Six projets de longs métrages en postproduction sont présentés à des distributeur internationaux, acheteur, programmateur de festivals et partenaires financiers potentiels.
ON SE VOIT À LOCARNO !
Pour arttv.ch, Locarno est bien plus qu’un rendez-vous important du calendrier des festivals. Ce festival éveille aussi en nous une profonde nostalgie. C’est ici que, pendant des années, nous avons remis nos Perles du cinéma. C’est ici que nous avons personnellement collé des affiches. C’est ici encore que, avec l’Association suisse des journalistes cinématographiques (ASJC), nous avons organisé des tables rondes, débattu et tenté d’accorder à la création cinématographique suisse l’attention qu’elle mérite.
Pour nous, Locarno n’a jamais été seulement un lieu où l’on projetait des films. C’était et cela reste un point de rencontre, un lieu de travail, une vitrine et, toujours, un espace d’échanges. De nombreuses conversations, idées et décisions éditoriales ne sont pas nées à la rédaction, mais entre deux projections, sur la Piazza, dans un café ou tard le soir dans un bar.
Lorsque nous regardons aujourd’hui les huit décennies d’existence de Locarno – dont nous avons eu le privilège d’accompagner plus d’un quart sur le plan éditorial –, nous le faisons aussi avec une profonde gratitude pour tant d’expériences et de rencontres inoubliables.
NÉ DU DÉSIR DE LIBERTÉ
Le Locarno Film Festival a été fondé en 1946, dans une Europe encore marquée par les ravages de la Seconde Guerre mondiale. Après des années de propagande, de censure et de repli politique, le besoin était grand de créer des lieux où l’art puisse à nouveau circuler librement et où différentes perspectives puissent se rencontrer.
Le 23 août 1946, la première édition du festival s’ouvrait dans le parc du Grand Hôtel de Muralto avec O SOLE MIO de Giacomo Gentilomo. Le programme comptait quinze films, parmi lesquels des œuvres comme ROMA CITTÀ APERTA de Roberto Rossellini, DOUBLE INDEMNITY de Billy Wilder et AND THEN THERE WERE NONE de René Clair.
Cette première sélection témoignait déjà de l’ambition du festival. Il ne s’agissait pas de mettre en scène les identités nationales, mais de favoriser la rencontre entre différentes écritures cinématographiques. Que ce festival ait pu voir le jour en Suisse ne devait rien au hasard. Le pays offrait un espace relativement ouvert aux échanges entre diverses cultures cinématographiques.
Locarno est ainsi devenu un point de rencontre entre l’Est et l’Ouest, entre les grandes nations du cinéma et les jeunes cinématographies. Les films ne devaient pas seulement divertir. Ils devaient rendre visibles des expériences sociales, dépasser les frontières et favoriser le dialogue.
LE SEUL FESTIVAL DE CATÉGORIE A EN SUISSE
En 2026, le Locarno Film Festival fête ses 80 ans. Comme aucune édition n’a pu avoir lieu en 1951 pour des raisons financières, ce n’est que la 79e édition qui se tiendra du 5 au 15 août 2026. Son histoire s’étend néanmoins sur huit décennies.
Locarno compte ainsi parmi les plus anciens festivals de cinéma au monde. Il est également le seul festival de catégorie A en Suisse. Ce statut est bien plus qu’un label prestigieux. Il fait de Locarno un lieu d’importance internationale. Les premières, les compétitions, la présence de l’industrie cinématographique et l’attention médiatique mondiale y répondent à d’autres critères que dans un festival destiné avant tout au grand public.
Avec Locarno, la Suisse possède un événement qu’aucun autre festival du pays ne saurait remplacer. C’est pourquoi la politique culturelle, l’industrie cinématographique et le public doivent en prendre tout particulièrement soin.
LE LÉOPARD TROUVE SA FORME
L’histoire du festival n’a pas suivi une trajectoire linéaire. Locarno a dû se battre pour obtenir des financements, gagner en reconnaissance, trouver des lieux de projection adaptés et définir son identité artistique. L’édition de 1951 n’a pas pu avoir lieu en raison de difficultés financières.
La question revenait régulièrement: le festival devait-il être avant tout un événement touristique estival, un rendez-vous mondain ou un forum résolument consacré à l’art cinématographique? Sa force a consisté à réunir ces différentes aspirations.
Locarno n’a jamais voulu s’adresser exclusivement à un petit cercle de spécialistes. Dans le même temps, le festival a toujours refusé de réduire le cinéma au divertissement et aux grands noms. C’est ainsi qu’est née une dramaturgie qui le caractérise encore aujourd’hui: sur la Piazza Grande, un vaste public découvre des films accessibles, émouvants et parfois glamour. Dans les compétitions et les sections parallèles sont en revanche présentées des œuvres qui prennent des risques formels et narratifs.
En 1971, le cinéma en plein air quitta le parc du Grand Hôtel pour s’installer sur la Piazza Grande. Le festival trouva ainsi l’image qui lui est aujourd’hui associée dans le monde entier: des chaises jaunes, des façades historiques, un écran monumental et, au-dessus, le ciel nocturne.
Mais la Piazza Grande est bien plus qu’un décor spectaculaire. C’est un espace public consacré au cinéma, où stars, représentant de l’industrie, critiques, habitant et touristes prennent place côte à côte.
COMMENT EST NÉ LE LÉOPARD D’OR
Le léopard n’a pas fait partie du festival dès ses débuts. Le grand prix a lui aussi porté différents noms au cours des premières décennies. Avant l’introduction du Pardo d’oro, la Vela d’oro, la Voile d’or, fut décernée pendant un certain temps – une référence évidente à la situation de Locarno au bord du lac Majeur.
En 1968, le festival chercha un symbole plus fort et plus distinctif. Le président de l’époque, Raimondo Rezzonico, chargea le sculpteur tessinois Remo Rossi de concevoir un nouveau trophée. Rossi créa un félin compact et fortement stylisé. Il remplaça la voile et devint le Pardo d’oro, le Léopard d’or.
Le choix de l’animal s’inspirait des armoiries de la ville de Locarno. Le succès du léopard repose peut-être toutefois sur un malentendu héraldique: selon l’interprétation actuelle, l’animal figurant sur les armoiries de la ville serait plutôt un lion qu’un léopard. La sculpture de Remo Rossi n’est d’ailleurs pas non plus une représentation naturaliste. Elle évoque autant un lion qu’un léopard et acquiert ainsi une dimension archaïque et singulière.
D’un animal héraldique local est né l’un des symboles les plus connus du monde international du cinéma. Aujourd’hui, le Pardo est bien plus qu’un trophée. Il apparaît sur les affiches, les drapeaux, les sacs et les façades. Le motif jaune et noir du léopard marque l’identité visuelle du festival et envahit toute la ville au mois d’août. Rares sont les festivals de cinéma à disposer d’un signe aussi fort et immédiatement reconnaissable.
LOCARNO DEVIENT UNE VILLE DE CINÉMA
La différence peut-être la plus frappante avec les autres festivals de cinéma ne se révèle pas seulement dans le programme, mais dans le visage même de la ville. Pendant le festival, Locarno devient une ville de cinéma. Des affiches de films et du festival recouvrent les façades, les colonnes et les vitrines. Dans les rues, on croise des cinéastes, des journalistes, des producteur et un public qui passe d’une projection à l’autre. Restaurants, hôtels, places et bars deviennent partie intégrante de l’événement.
Le cinéma ne se limite pas à un centre du festival, à quelques salles ou à un tapis rouge. Il imprègne toute la ville. Quiconque a déjà parcouru Locarno pendant le festival connaît cette sensation: durant quelques jours, tout semble placé sous le signe du cinéma. Même sans assister à une projection, il est presque impossible d’échapper à la présence du festival.
Pour arttv.ch, ces journées sont aussi toujours des journées de travail particulièrement intenses. Nous suivons les films, menons des interviews, produisons des sujets et discutons des œuvres que nous souhaitons mettre tout particulièrement en avant. Nos Perles du cinéma exprimaient une conviction: nous voulions rendre visibles les films suisses qui nous avaient convaincus, touchés ou surpris, indépendamment du succès qu’ils rencontreraient ensuite en salle.
Avec le temps, les prix culturels se sont toutefois multipliés, jusqu’à ce que presque chaque petit village décerne sa propre distinction. Pour nous, le moment était donc venu de nous retirer de cette «bataille des prix culturels». Le fait que nous ayons personnellement collé des affiches à Locarno fait également partie de cette histoire. La médiation culturelle ne se résume pas aux textes, aux interviews et à la critique. Elle consiste parfois aussi à parcourir la ville tôt le matin, armé de ruban adhésif et d’affiches.
LA DIFFÉRENCE AVEC ZURICH
C’est précisément en comparaison avec le Zurich Film Festival que l’atmosphère particulière de Locarno apparaît avec le plus de netteté. Zurich mise fortement sur le glamour, les stars internationales et les grandes premières. Cela génère une forte attention médiatique et des images spectaculaires. Sur le fond, le festival anticipe toutefois en grande partie le programme cinématographique qui sortira de toute façon régulièrement en salle quelques semaines ou quelques mois plus tard.
Le Zurich Film Festival remplit ainsi une fonction efficace auprès du grand public. Il présente les prochains films à l’affiche dans un cadre festif et fait venir à Zurich des acteur et des réalisateur de renom. Cette orientation a toute sa légitimité et attire l’attention sur le cinéma. Sa dimension de découverte reste cependant plus limitée.
Dans l’espace urbain également, le Zurich Film Festival est beaucoup moins présent. Il est visible autour de son centre, du tapis vert et des principales salles. Dès que l’on s’en éloigne, il disparaît rapidement de l’espace public. En dehors du périmètre du festival, rares sont les affiches qui signalent l’événement et son programme.
À Locarno, en revanche, il est presque impossible d’échapper au festival. La ville ne se contente pas de le soutenir sur le plan organisationnel. Pendant onze jours, elle change de visage et devient elle-même sa scène. Durant le festival, Locarno est une ville de cinéma. Zurich reste une ville dans laquelle se déroule simultanément un festival de cinéma.
LE FESTIVAL DES DÉCOUVERTES
L’importance de Locarno ne s’explique pas uniquement par son ancienneté ou par le prestige du Léopard d’or. Cannes est la grande scène de l’industrie cinématographique internationale. Venise associe cinéma d’auteur, glamour et espoirs d’Oscar. Berlin se conçoit comme une vitrine politique. Le Zurich Film Festival mise sur des invité de renom, des premières populaires et la proximité avec les futures sorties en salle.
Locarno, en revanche, reste avant tout un festival de découvertes. Des cinéastes y ont été pris au sérieux bien avant que leurs noms ne soient connus du grand public. Roberto Rossellini, Miloš Forman, Agnès Varda, Stanley Kubrick, Alain Tanner, Chantal Akerman, Abbas Kiarostami, Jim Jarmusch, Béla Tarr ou Claire Denis incarnent une histoire du festival dans laquelle se reflètent des évolutions majeures du cinéma moderne.
Locarno a toujours été particulièrement fort lorsqu’il ne courait pas après ce qui était déjà reconnu, mais rendait visible ce qui était encore à venir. Le Léopard d’or peut attirer l’attention sur un film qui n’aurait guère de chances sur le marché traditionnel. Il indique qu’un langage cinématographique inhabituel, une narration exigeante ou une signature de mise en scène encore inconnue mérite d’être prise au sérieux. Le festival donne du poids à l’inconnu.
BIEN PLUS QUE DES PROJECTIONS
Le monde du cinéma connaît une transformation profonde. Les plateformes de streaming façonnent les habitudes de visionnage, les algorithmes participent aux décisions de visibilité, les coûts de production augmentent et de nombreuses salles luttent pour leur survie. Dans le même temps, l’intelligence artificielle remet en question les conceptions traditionnelles de l’auteur, du travail et de l’originalité.
Dans une telle situation, un festival comme Locarno n’est pas un luxe nostalgique. C’est un espace public indispensable. Car le cinéma a besoin de plus que d’écrans. Il a besoin de rencontres, de confrontations et de discussions. Un film change lorsqu’il est vu collectivement par des centaines ou des milliers de personnes. On entend les autres rire, on ressent leur agitation et l’on vit l’adhésion ou le rejet comme une expérience partagée.
Nos tables rondes organisées avec l’Association suisse des journalistes cinématographiques faisaient elles aussi partie de cette culture de l’échange. Elles offraient un espace pour discuter de critique cinématographique, de médias, de visibilité et des conditions de la création cinématographique suisse. Ces conversations ne sont pas accessoires. Elles se trouvent au cœur d’un festival qui ne veut pas seulement montrer des films, mais aussi les situer et les mettre en débat.
Locarno possède une véritable force dans ce domaine. Seules les Journées de Soleure nous ont permis de vivre une culture du dialogue sur le cinéma aussi développée. Avec Open Doors, Locarno soutient des cinéastes issu de régions où la création cinématographique indépendante est particulièrement difficile. Locarno Pro réunit réalisateur, producteur, distributeur et institutions de financement, faisant du festival un lieu de travail majeur pour l’industrie internationale.
Locarno ne se contente pas de montrer le cinéma. Il contribue également à définir les conditions dans lesquelles ce cinéma peut naître et rencontrer son public.
ENTRE GRAND PUBLIC ET LABORATOIRE
L’avenir du festival dépendra de sa capacité à continuer de réussir cet exercice d’équilibre. Locarno doit rester un festival destiné au public. La Piazza Grande ne doit pas devenir un simple décor pour les premières, les hommages et les personnalités célèbres. Elle devrait rester cet espace ouvert où un cinéma exigeant peut lui aussi trouver sa place devant un vaste public.
Dans le même temps, le festival ne doit pas sacrifier son goût de la découverte. Précisément parce que les images sont aujourd’hui disponibles partout, nous avons besoin d’institutions capables de sélectionner, de contextualiser et de prendre des risques, sans sous-estimer le public ni le tenir à distance par une posture volontairement élitiste.
Un festival qui ne fait que confirmer ce que les plateformes de streaming, les distributeur et les départements marketing ont déjà rendu visible perd une part essentielle de sa raison d’être. C’est aussi là que se situe la limite d’un modèle de festival fortement orienté vers le glamour. Les stars et les tapis rouges produisent une attention à court terme. Pour l’avenir du cinéma, il est cependant plus décisif de savoir quelles nouvelles voix sont découvertes, quels films sont préservés et quelles discussions deviennent possibles.
UN BIEN CULTUREL QUI NE VA PAS DE SOI
À l’occasion de son 80e anniversaire, le Locarno Film Festival peut célébrer son histoire. Mais ce jubilé devrait aussi être l’occasion de réfléchir à son avenir. Le fait que la Suisse dispose d’un festival de catégorie A reconnu à l’échelle internationale n’a rien d’évident.
Ce statut s’est construit au fil des décennies. Il repose sur une crédibilité artistique, un réseau international, une organisation professionnelle et un public disposé à se confronter aussi à des films exigeants. Tout cela peut se perdre. Un festival de cette ampleur a besoin d’un soutien public fiable, de partenaires privés et d’une politique culturelle qui ne mesure pas sa valeur uniquement à l’aune du nombre de visiteur ou des retombées touristiques à court terme.
Locarno est à la fois un festival, une plateforme professionnelle, une mémoire culturelle, un lieu de soutien à la relève et une vitrine internationale de la Suisse. C’est pourquoi nous devons en prendre tout particulièrement soin.
Locarno peut accueillir des stars sans devenir dépendant d’elles. Il doit toucher un vaste public sans le sous-estimer. Et il devrait offrir une scène aux jeunes cinéastes sans soumettre immédiatement leurs œuvres aux lois du marché. Mais surtout, le festival doit préserver son indépendance. Car son importance ne réside pas dans le plus grand tapis rouge. Ni dans le nombre le plus élevé d’invité célèbres. Ni dans sa capacité à anticiper le plus complètement possible les futures sorties en salle.
Elle réside dans sa faculté à découvrir de nouveaux films, à susciter des débats et à rappeler pendant quelques jours que le cinéma doit être davantage qu’un simple passe-temps, un divertissement ou une affaire de glamour.
Pour arttv.ch, Locarno a été pendant de nombreuses années précisément ce lieu. Et nous espérons qu’il le restera encore longtemps.
Felix Schenker, rédacteur en chef d’arttv.ch
