Placée sous le thème «If Music», la 5e édition du St. Moritz Art Film Festival explore les interactions entre images en mouvement, son et rythme. Des œuvres internationales de cinéma et d’art vidéo côtoient des discussions, des projections immersives, des premières suisses et deux invités d’exception. Le réalisateur britannique Peter Greenaway se rendra en Engadine en tant que Guest of Honour. St. Moritz accueillera également Rusty Egan, figure majeure du mouvement New Romantic, pour une projection, une discussion et un DJ set exclusif.
ST. MORITZ ART FILM FESTIVAL 2026 | Images, rythmes et grands noms
- Publié le 27. juillet 2026
Peter Greenaway, le pionnier du New Romantic Rusty Egan, des premières suisses et de l’art vidéo international.
PETER GREENAWAY – LE FILM COMME ŒUVRE D’ART TOTALE
Peter Greenaway compte parmi les critiques les plus radicaux du cinéma narratif conventionnel. Formé à l’origine comme peintre, le réalisateur conçoit moins le film comme un récit linéaire que comme une œuvre d’art totale, composée avec précision à partir de peinture, de musique, d’architecture, de littérature et d’images en mouvement. Ses films obéissent souvent à des principes d’organisation rigoureux, à des séries de nombres, des alphabets ou des taxonomies, dont émergent des univers visuels opulents, sensuels et souvent provocateurs. Des œuvres comme THE COOK, THE THIEF, HIS WIFE & HER LOVER ont durablement marqué le cinéma d’auteur européen.
Le dimanche 23 août 2026, Greenaway présentera, dans le cadre d’une matinée, son premier grand succès, THE DRAUGHTSMAN’S CONTRACT. Il évoquera ensuite son œuvre et sa pratique artistique en compagnie de sa famille. La discussion portera également sur THE GREENAWAY ALPHABET, le portrait cinématographique intime réalisé par son épouse, l’artiste et réalisatrice Saskia Boddeke.
DU BLITZ CLUB À ST. MORITZ
Peu de lieux incarnent aussi fortement la rencontre entre musique, mode, art et mise en scène excentrique de soi que le Blitz Club de Londres. À la fin des années 1970, il devient le centre créatif du mouvement New Romantic, dont Rusty Egan s’impose comme l’une des figures majeures. Batteur du groupe Visage, Egan participe au succès mondial FADE TO GREY. Avec Steve Strange, il dirige le Blitz Club, dont le code vestimentaire radical aurait même valu à Mick Jagger de se voir refuser l’entrée. Boy George travaille un temps au vestiaire, les membres de Spandau Ballet comptent parmi les habitués et David Bowie recrute des visiteur·euses du club pour le tournage du clip ASHES TO ASHES. Le samedi 22 août 2026, Egan présentera BLITZED!, un documentaire consacré à cette scène londonienne légendaire, évoquera cette époque lors d’une discussion, puis transformera la soirée du festival en hommage au son des New Romantics avec un DJ set exclusif.
UN COURT MÉTRAGE OSCARISÉ EN PREMIÈRE SUISSE
Parmi les temps forts de la sélection officielle figure la première suisse de TWO PEOPLE EXCHANGING SALIVA, de Natalie Musteata et Alexandre Singh. Interprété notamment par Zar Amir Ebrahimi, ce court métrage oscarisé nous plonge dans un univers aussi stylisé qu’absurde, où les baisers sont interdits et où la salive devient une monnaie subversive. Le film incarne parfaitement un programme qui se joue des frontières classiques entre les genres. Observation documentaire, animation, performance, film musical et arts visuels s’y entremêlent avec fluidité.
MÉCANIQUE DU PIANO, MARIONNETTES ET ÉMOTIONS ARTIFICIELLES
Dans NOTHING IS MORE MYSTERIOUS. A FACT THAT IS WELL EXPLAINED, Anna Franceschini explore le Pianola Museum d’Amsterdam. Deux lents mouvements de caméra font de la mécanique des instruments, des surfaces, de la lumière et de la matérialité les véritables protagonistes de ce film tourné en 16 mm. Dans LA GOLA de Diego Marcon, deux marionnettes hyperréalistes échangent des lettres au sujet d’un somptueux banquet et du déclin physique d’une mère. Mélodrame, horreur et musique se condensent en un récit à la fois artificiel et troublant d’émotion. Dans STILL, Shuang Li et le producteur Osheyack associent images d’archives, voix synthétiques et musique électronique. Leur œuvre interroge les univers visuels numériques, les émotions désincarnées et ce qu’il reste des images lorsqu’elles sont reproduites, diffusées et manipulées à l’infini.
PAYSAGE, TRAVAIL ET RITUEL
Avec TILL ASHES TURN INTO PINES, Jingru (Cyan) Cheng, Chen Zhan et Mengfan Wang portent leur regard sur des femmes âgées vivant dans un village du centre de la Chine. Leur subsistance est étroitement liée aux forêts de pins environnantes. Ce documentaire expérimental étudie les rapports entre paysage, travail et urbanisation, alors que celle-ci menace de plus en plus les modes de vie traditionnels. Dans JANGADEIROS E CANOEIROS, Jonathas de Andrade accompagne des constructeurs de radeaux et des piroguiers traditionnels du nord-est du Brésil. Observation, chorégraphie, savoir-faire et réalité sociale se rejoignent dans un portrait de communautés côtières dont les connaissances sont intimement liées au corps, aux matériaux et au paysage. Andrew Norman Wilson s’intéresse lui aussi à un rituel toujours vivant. SILVESTERCHLAUSEN nous conduit dans l’Appenzell hivernal, où des hommes vêtus de costumes minutieusement confectionnés passent de maison en maison, yodlent et font retentir leurs lourdes cloches. À la croisée de l’observation documentaire et de la mise en scène artistique, le film explore la communauté, la tradition et l’affirmation d’une identité culturelle.
MOUVEMENT DANS L’ESPACE URBAIN
THE FLOOR ALL AROUND ME de Susanne Bürner se déroule dans le quartier brutaliste de Mériadeck, à Bordeaux. Construit dans les années 1970 sur deux niveaux, le quartier sépare les piéton·nes de la circulation automobile. Bürner observe la manière dont les personnes utilisent l’architecture comme obstacle, scène et caisse de résonance. La création sonore d’Eliav Brand reprend les bruits du quartier et transforme les déplacements quotidiens en chorégraphie urbaine. Giulia Guidi réduit au contraire le mouvement à un motif aussi banal que poétique. FLYING GLOVE montre trois gants animés, gonflés par le vent. Réalisée au moyen de techniques d’animation traditionnelles et tournée sur pellicule noir et blanc 16 mm, l’œuvre sera présentée à St. Moritz en première suisse.
BACH, TAMBOURS ET PUISSANCE DU SON
Dans THE CHRONICLE OF A.M. BACH, Ken Okiishi dresse le portrait du claveciniste français Jean-Luc Ho. Le film associe pratique historiquement informée, musique, danse et réflexion sur la manière dont les œuvres de Johann Sebastian Bach peuvent être réinterprétées depuis le présent. LA BOUCHE de Camilo Restrepo relie l’histoire d’un père, partagé entre deuil et vengeance après le meurtre de sa fille, aux performances musicales du percussionniste guinéen Mohamed Bangoura, surnommé «Red Devil». Le tambour devient le moteur narratif d’un film intense, tourné sur pellicule 16 mm. L’artiste écossais Ross Birrell est lui aussi représenté par plusieurs œuvres. Sa pratique se situe à la croisée du cinéma, de l’installation, du texte, de la musique et de la performance, et associe les questions de lieu, de politique et de poésie à l’impact immédiat du son.
LA PEINTURE DEVIENT UN ESPACE D’EXPÉRIENCE
Dans JARDIN NOCTURNO, Leiko Ikemura transforme de sombres peintures abstraites en une projection vidéo immersive. À partir de gros plans émergent des paysages oniriques faits de lumière, d’ombre, de mouvement et de résonance. La peinture n’est pas simplement filmée: elle est transposée dans un espace rythmé, presque physiquement perceptible. L’artiste nippo-suisse résume ainsi l’idée centrale de cette édition anniversaire: le film peut être davantage qu’une succession d’images. Il peut vibrer, résonner, se répéter et agir directement sur le corps, à la manière de la musique.
CONCLUSION
Avec sa cinquième édition, le St. Moritz Art Film Festival affirme plus nettement son identité singulière, à la croisée du cinéma, des arts visuels et du son. Peter Greenaway et Rusty Egan lui apportent une touche de glamour historique, tandis que la sélection internationale montre toute la diversité des formes que peuvent aujourd’hui prendre les images en mouvement: rituel, réflexion politique, dispositif chorégraphique, composition musicale ou espace d’expérience immersif. «If Music» est moins un thème qu’une invitation: ne pas seulement regarder les films, mais aussi les écouter. arttv.ch accompagnera le festival.