Cette sélection explore les ravages de la violence sous des formes très différentes, du burn-out hospitalier à l'exploitation industrielle, jusqu'à l'irruption de la terreur dans l'intimité d'un foyer. Coup de cœur pour SANGUINE, qui conjugue avec brio body horror, critique sociale et mise en scène pop dans un premier film aussi viscéral que maîtrisé. Plus démonstratif, SLEEP NO MORE frappe par son déluge gore et son univers cauchemardesque, même si son propos sur le monde du travail manque de subtilité. Enfin, HISTOIRES DE LA NUIT séduit par sa tension et son impressionnant casting, mais pâtit d'un rythme inégal.
Films du NIFFF 2026
- Publié le 7. juillet 2026
Deux films en compétition sur le burn-out au travail et ses conséquences et un film de Cannes visionnés à Neuchâtel. Verdict.
Pour nous, les films ont été vus par Ondine Perier
SANGUINE | Marion Le Corroller
Après avoir elle-même traversé un burn-out lorsqu'elle travaillait dans la finance, Marion Le Corroller transforme cette expérience en un premier long métrage aussi personnel que percutant. Sanguine suit Mila, jeune interne plongée dans un hôpital ultramoderne où la quête de performance finit par dévorer les soignants. À travers une mise en scène pop et stylisée, des décors futuristes et une body horror inventive, la réalisatrice donne un visage aux ravages physiques et psychiques de la pression au travail.
Mara Taquin impressionne dans le rôle principal, entourée de Kim Higelin et Sami Outalbali, tandis que Karin Viard est glaçante en cheffe de service toxique.
Porté par la musique électrisante de ROB, SANGINE s'impose dans le cinéma de genre comme un choc sensoriel et politique.
Interviews de la réalisatrice et actrice principale en bas de page
SLEEP NO MORE | Edwin
Dans l'atmosphère étouffante d'une usine de perruques de Jakarta Est, deux sœurs peinent à surmonter la mort brutale de leur mère. Lorsqu'elles intègrent l'usine, elles découvrent un univers où quelque chose cloche. Avec SLEEP NO MORE, Edwin livre une satire féroce du travail à la chaîne, transformant l'épuisement professionnel en cauchemar horrifique.
Hallucinations, mutations corporelles et visions macabres rythment le quotidien d'employés qui perdent littéralement leurs membres sous l'effet de la fatigue. Une étrange usine qui fabrique autant de perruques que de prothèses pour remplacer les corps brisés. Porté par une musique anxiogène et un solide casting, notamment Rachel Amanda et Lutesha, parfaites en sœurs confrontées à l'horreur, le film privilégie le gore au suspense. Mutilations, membres arrachés et images trash s'accumulent parfois jusqu'à l'excès. Une proposition efficace et dérangeante, même si son discours sur la souffrance au travail apparaît finalement bien moins percutant et plus démonstratif que celui de SANGUINE, notre coup de cœur du festival.
HISTOIRES DE LA NUIT | Léa Mysius
Adapté du roman de Laurent Mauvignier paru en 2020, HISTOIRES DE LA NUIT de Léa Mysius suit Nora, Thomas et leur fille Ida, installés dans une ferme isolée où une soirée d'anniversaire bascule lorsqu'un mystérieux trio s'invite chez eux.
Présenté en compétition officielle à Cannes, ce home invasion psychologique séduit par sa tension permanente et son atmosphère anxiogène, presque claustrophobe. Porté par un casting remarquable — Hafsia Herzi, Bastien Bouillon, Monica Bellucci, Paul Hamy — le film est dominé par un Benoît Magimel d'une viscosité inquiétante.
Si l'intérieur minimaliste de la peintre est une réussite, la direction artistique de la maison principale, avec sa salle à manger aux teintes bleu acier entre gothique et impersonnel, convainc moins. Un rythme parfois trop lent et la comparaison inévitable avec le roman magistral de Mauvignier empêchent toutefois le film d'atteindre toute sa puissance.