A SAD AND BEAUTIFUL WORLD suit Nino et Yasmina depuis leur enfance marquée par la guerre civile jusqu’à un présent dominé par la crise économique et l’angoisse face à l’avenir. À travers leur relation mouvementée, Cyril Aris dresse un portrait complexe du Liban, où les espoirs personnels, les bouleversements politiques et la question de l’appartenance sont indissociablement liés. Ce premier long métrage de fiction, réalisé avec une assurance impressionnante, est porté par Mounia Akl et Hasan Akil, qui forment un couple d’une remarquable complicité.
A SAD AND BEAUTIFUL WORLD – Une histoire d’amour émouvante qui s’étend sur plusieurs décennies.
Cyril Aris raconte avec une légèreté pleine de fantaisie une grande histoire d’amour et un pays partagé entre joie de vivre, crise et avenir incertain

A SAD AND BEAUTIFUL WORLD | REZENSION
Walter Gasperi a vu le film pour nous.
Nés pendant la guerre
Dans des images au format resserré 4:3, mêlant archives authentiques et séquences probablement reconstituées, Yasmina raconte son enfance en voix off. Elle est née presque en même temps que Nino, dans les années 1980, dans un hôpital de Beyrouth, alors que la guerre civile faisait rage dans les rues. Parallèlement, des images télévisées montrent le lancement d’une fusée libanaise et font naître l’espoir d’un avenir glorieux. Tout le film oscille entre ces deux pôles : la peur et l’élan, la résignation et l’optimisme. Environ vingt-cinq ans plus tard, Yasmina et Nino incarnent toujours ces contradictions. Débordant d’énergie, Nino dirige le restaurant « Chez Nino ». La caméra mobile de Joe Saade le suit à travers les espaces chaleureux aux tonalités brunes et rouges, rendant sa joie de vivre immédiatement perceptible. Yasmina, en revanche, travaille dans un immeuble de bureaux moderne sur des projets destinés à favoriser le développement économique du Liban. Les plans statiques, les tons froids bleu-gris et l’architecture faite d’acier, de verre et de béton reflètent sa distance et ses doutes quant à l’avenir de son pays.
Un amour sur un terrain fragile
Le hasard réunit Nino et Yasmina. La découverte d’une vieille photographie fait ressurgir le souvenir de leurs années d’école. Enfants, ils se soutenaient mutuellement : Nino après la mort accidentelle de ses parents, Yasmina face à la séparation imminente des siens. Leurs chemins se sont ensuite éloignés, avant que leur attirance ne renaisse avec d’autant plus de force lors de leurs retrouvailles. Mais si leur amour semble aller de soi, leurs visions de la vie divergent profondément. Nino croit en son restaurant, en la famille et en un avenir commun au Liban. Yasmina, elle, cherche à obtenir une mutation à l’étranger. Les blessures de son enfance et les crises du présent la font également douter de son désir d’avoir des enfants. Avec la grave crise économique qui frappe le pays à partir de 2019, l’émigration devient pour elle une possibilité de plus en plus concrète. Mounia Akl et Hasan Akil rendent ces oppositions presque physiques. Leurs personnages s’attirent passionnément tout en ne cessant de s’éloigner l’un de l’autre. Cyril Aris ne les perd jamais de vue, même lorsque les bouleversements politiques du pays s’immiscent dans leur relation.
De la légèreté malgré une menace permanente
Malgré son contexte oppressant, A SAD AND BEAUTIFUL WORLD conserve une étonnante légèreté. Des touches d’humour et une mise en scène ludique empêchent le récit de sombrer dans la gravité. Les couleurs, la lumière et les images saccadées traduisent l’intensité des émotions du couple, tandis qu’une dispute filmée à travers un trou de serrure prend presque des accents comiques. De brefs retours en arrière complètent peu à peu le tableau de leur passé commun. Dans des séquences oniriques récurrentes, Nino se réfugie sur une île paradisiaque où une vie insouciante semble encore possible. Aris relie ces différents niveaux avec une remarquable assurance et, après un début très dynamique, laisse progressivement davantage de place à des plans calmes et statiques. Le titre s’inspire d’une réplique de Roberto Benigni dans DOWN BY LAW de Jim Jarmusch. Il ne pourrait être plus juste. Dans ce film, la beauté et la tristesse ne coexistent pas simplement : elles sont indissociables. Au Liban, même un feu d’artifice peut instantanément réveiller la peur des bombes et d’une nouvelle guerre.
Conclusion
A SAD AND BEAUTIFUL WORLD est une histoire d’amour bouleversante sur deux êtres qui s’aiment sans savoir si l’amour peut suffire lorsque l’idée même d’avenir est devenue incertaine. Cyril Aris associe intimité, réalité politique et inventivité formelle dans un premier long métrage de fiction d’une grande précision émotionnelle et d’une étonnante maturité.
Ce qu’en pense la critique internationale :
« Convaincant, captivant et pourtant jamais escapiste. »
Michael Sennhauser, Sennhausers Filmblog
Une romance sensible et accessible qui relie son histoire d’amour aux blessures politiques du Liban.
Screen Daily
L’alchimie crédible entre Mounia Akl et Hasan Akil, ainsi que la vivacité de la mise en scène, portent le film.
Variety
Une déclaration d’amour émouvante au Liban qui échappe au sentimentalisme grâce à la complexité de ses personnages.
Cineuropa
Un film charmant et bouleversant sur la force de l’amour et la capacité à trouver de la joie même dans les circonstances les plus difficiles.
International Cinephile Society