Avec BECAÀRIA, le réalisateur tessinois Erik Bernasconi raconte une histoire d’une grande finesse, située en 1977. Le film suit un adolescent confronté aux tensions familiales, aux mutations de la société et à ses premiers pas hésitants vers l’autonomie. Loin de chez lui et des attentes du monde adulte, Mario entame un processus de maturation discret mais profond, qui le conduira peu à peu vers lui-même.
BECAÀRIA – Le lauréat du Prix du public des 61es Journées de Soleure
- Publié le 23. juin 2026
Un récit initiatique poétique sur le passage à l’âge adulte, la quête d’identité et la force de la nature.
BECAÀRIA | SYNOPSIS
1977. Mario, 16 ans, vit dans un petit village du Tessin. Alors que la société qui l’entoure est en pleine mutation, il découvre les premiers émois amoureux, accumule les difficultés à l’école et se heurte sans cesse à son père. Envoyé pour l’été dans les montagnes afin de travailler comme aide agricole, il fait des rencontres inattendues qui lui apprendront beaucoup sur la vie, l’amour et, surtout, sur lui-même.
À propos du réalisateur
Erik Bernasconi (né en 1971) est originaire du Tessin et compte parmi les voix marquantes du cinéma suisse contemporain. Après des œuvres remarquées à l’international comme SINDESTINO et MISERICORDIA, il poursuit avec BECAÀRIA son exploration de personnages en transition : des êtres en quête de leur propre voie, tiraillés entre leurs origines, les attentes des autres et leur désir de liberté.
BECAÀRIA | CRITIQUE
Vu pour nous par Madeleine Hirsiger
Entre désarroi et liberté
Nous sommes en 1977. L’histoire se déroule au Tessin, dans une vallée isolée des montagnes. Au centre du récit se trouve Mario, 16 ans, qui vient d’échouer à son examen de maturité et subit les reproches sévères de son père, avec lequel il entretient une relation tendue. Désorienté, il ne sait pas vraiment quelle direction donner à sa vie.
Son père a pourtant compris que son fils ne reprendra pas la petite station-service familiale et espérait lui offrir la possibilité d’un avenir meilleur. La déception est donc immense. Furieux, il l’envoie passer l’été auprès d’une famille paysanne amie, dans les montagnes, afin qu’il apprenne la valeur du travail physique.
Mario s’adapte peu à peu à cette nouvelle vie, mais il découvre surtout un univers rude et libre, où la nature dicte le rythme de l’existence. Il y rencontre également Prisca, une jeune femme indépendante et affirmée qui l’initie à l’amour libre et l’aide à trouver progressivement sa place dans le monde, loin des incertitudes de l’adolescence.
Le film propose ainsi un récit crédible et sensible sur le passage à l’âge adulte et la quête de sa propre identité.
Poétique, atmosphérique et riche en nuances
BECAÀRIA est adapté d’un roman de Giorgio Genetelli publié en 2011. L’écrivain et le réalisateur se sont rencontrés sur un tournage. Erik Bernasconi a pris le temps nécessaire pour transposer ce récit initiatique au cinéma : pendant plus de quinze ans, il a travaillé par intermittence sur le scénario.
Cette patience se ressent aujourd’hui dans chaque détail du film : dans les dialogues, dans le rythme posé du récit et dans le travail de la caméra, qui saisit les personnages et les paysages avec délicatesse et précision.
Il en résulte une œuvre modeste et presque poétique, qui aborde son sujet avec un sens remarquable des nuances. La campagne tessinoise y apparaît dans toute sa diversité et accompagne parfaitement les différentes atmosphères du récit.
Francesco Tozzi convainc pleinement dans le rôle de Mario grâce à un jeu mêlant gravité, vulnérabilité et maladresse adolescente. L’ensemble de la distribution contribue à donner à cette histoire une authenticité et une sensibilité particulièrement touchantes.
Conclusion
Avec son troisième long métrage de fiction, Erik Bernasconi signe un récit initiatique intemporel, authentique et profondément humain.
Après avoir remporté le Prix du public aux Journées de Soleure, BECAÀRIA a également reçu le Prix FIPRESCI de la Fédération internationale de la presse cinématographique au Festival de Schwerin, en Allemagne.
À noter enfin que « Becaària » désigne, dans un dialecte italien local, « un paresseux de la ville qui monte à la montagne pour prendre l’air ».


