Lorsque Soleure se transforme à nouveau, fin janvier, en principal lieu de rencontre du cinéma suisse, il s’agit de bien plus que de premières et de prix. Les 61es Journées de Soleure présentent 164 films de fiction et documentaires qui, pour la plupart, renoncent consciemment aux réponses simples. Au lieu de certitudes morales, l’empathie, la diversité des points de vue et les nuances passent au premier plan — un cinéma qui écoute, observe et met en perspective.
L’empathie plutôt que la leçon : les 61es Journées de Soleure
- Publié le 14. janvier 2026
Du 21 au 28 janvier 2026, Soleure présente un cinéma suisse qui préfère comprendre plutôt que juger.
UN FESTIVAL SOUS LE SIGNE DE LA POLYPHONIE
Parmi les 478 films soumis, 164 œuvres ont été sélectionnées pour la 61e édition. Dans le « PANORAMA », cœur des Journées de Soleure, seront présentés 93 longs métrages et 71 courts métrages.
22 films concourent dans les trois compétitions « PRIX DE SOLEURE », « PRIX DU PUBLIC » et « VISIONI ». Le public peut se réjouir de 21 premières mondiales et de 18 premières suisses.
Avec une part de 68 % de documentaires et 32 % de fictions, le programme reflète la diversité et l’actualité du cinéma suisse — équilibré géographiquement entre la Suisse romande, alémanique et italienne. Sur le plan thématique, de nombreux films s’ouvrent à de nouveaux champs comme la science, la mémoire et la responsabilité sociale.
Le directeur artistique Niccolò Castelli résume bien cette évolution : l’approche empathique des protagonistes est devenue plus importante que l’envie de donner des leçons au public. Les récits sont complexes, moins moralisateurs, souvent aussi moins marqués par une vision occidentale — aussi bien dans le documentaire que dans la fiction.
Le film d’ouverture THE NARRATIVE de Bernard Weber et Martin Schilt incarne cette attitude qui questionne plutôt que de juger. Le film suit Kweku Adoboli, tenu pour responsable en 2011 d’une perte de plusieurs milliards à l’UBS, et permet, grâce à une observation sur plusieurs années, d’apporter une nouvelle perspective à une affaire médiatiquement très simplifiée. Le film renonce aux visions en noir et blanc et accepte les ambivalences — tout en étant nommé pour le « PRIX DE SOLEURE ».
PRIX ET CATÉGORIES
« PRIX DE SOLEURE » : MONDES COMPLEXES, QUESTIONS OUVERTES
Huit films sont en lice pour le « PRIX DE SOLEURE », doté de 60 000 francs, dont sept en première. Ils abordent les espaces numériques, la solidarité, l’émancipation féminine et la confrontation avec l’histoire coloniale.
« SOCIAL LANDSCAPES » assemble exclusivement des commentaires et critiques en ligne et interroge la manière dont les écrans façonnent notre perception de la réalité.
« DON’T LET THE SUN » traite de la solitude dans un monde surchauffé et technicisé.
« À BRAS-LE-CORPS » raconte l’autonomisation des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale.
Des films comme « ELEPHANTS & SQUIRRELS », « QUI VIT ENCORE » ou « SOLIDARITY » ouvrent aussi de nouvelles perspectives sur les interdépendances mondiales et les ambivalences de l’action solidaire.
« PRIX DU PUBLIC » : DES HISTOIRES QUI TOUCHENT
Huit films sont en compétition pour le prix du public « PRIX DU PUBLIC », dont deux fictions et six documentaires, sept en première. Les récits de coming-of-age côtoient des portraits saisissants.
« BECAÀRIA » raconte l’été déterminant d’un jeune de 16 ans dans les années 1970.
« CAMP D’ÉTÉ » accompagne des adolescent·e·s dans le plus grand camp scout de Suisse.
Émouvants aussi : « FREEDOM – LE DESTIN DE SHEWIT » sur une fuite depuis l’Érythrée, ou « HIRSCHFELD – UNBEKANNTER BEKANNTER » sur le dramaturge Kurt Hirschfeld et le Schauspielhaus Zürich comme lieu de résistance.
Le prix est doté de 20 000 francs et est décerné en collaboration avec Swiss Life.
« VISIONI » : NOUVELLES VOIX, POSITION CLAIRE
Avec « VISIONI », les Journées de Soleure distinguent des premiers ou deuxièmes films marquants sur le plan formel ou thématique.
Six documentaires sont nommés, dont « A FREE DAUGHTER OF FREE KYRGYZSTAN » sur l’activiste et pop-musicienne Zere Asylbek, « LES CHASSERESSES » sur de jeunes chasseuses en Valais ou « NESSUNO VI FARÀ DEL MALE », qui relie mémoire personnelle et responsabilité historique trente ans après Srebrenica.
Le prix est doté de 20 000 francs et soutenu par les fonds culturels de Suissimage et de la SSA.
RÉTROSPECTIVE, NEW YORK, KITSCH ET SO PRO
La rétrospective de cette année est consacrée à la cinéaste genevoise Edna Politi, dont l’œuvre, marquée par des influences arabes, juives et européennes, est considérée comme une voix du dialogue interculturel. Ses films, dont la « TRILOGIE DU PROCHE-ORIENT », offrent des regards nuancés sur la réalité complexe de la Méditerranée orientale.
Le programme spécial « HISTOIRES : DOWNTOWN NEW YORK » se penche sur les cinéastes suisses à New York dans les années 1980, avec des films comme « JOHNNY SUEDE » ou « DOWNTOWN 81 ».
La section « FOKUS » s’intéresse au kitsch au cinéma et interroge la fonction sociale et politique d’images volontairement sentimentales.
Le programme professionnel SO PRO met lui aussi des accents forts. Du 22 au 24 janvier 2026, le Stadttheater de Soleure deviendra le lieu de rencontre des professionnel·le·s de l’industrie cinématographique. Au centre : la diversité, les nouveaux modèles familiaux, l’inclusion et l’échange entre régions linguistiques et générations.
Pour la première fois, le projet « SCREEN TO SOUND » est lancé : il soutient des œuvres à forte dimension visuelle ou cinématographique dans le domaine musical — complété par des moments de musique live qui élargissent l’expérience du cinéma.