« Je me sens plus proche des femmes dans beaucoup de choses. Elles m’intéressent simplement davantage. Toute la logique macho, cette éternelle quête de pouvoir et de territoire, me soûle honnêtement. Les femmes me surprennent. Elles trouvent d’autres voies, elles luttent différemment. »
Thomas Imbach | LA MISE À NU
- Publié le 14. janvier 2026
arttv Chefredaktor Felix Schenker a parlé avec Thomas Imbach.
Thomas Imbach, qu’est-ce qui vous a poussé à réinterpréter aujourd’hui l’histoire de Schnitzler, et qu’est-ce qui rend cette histoire si brûlante maintenant ?
En lisant le texte, j’avais immédiatement un film en tête, très proche du monde intérieur de Lili. Cela m’a déclenché l’envie de réaliser cette histoire de manière cinématographique et moderne. Lili se retrouve dans une situation où son corps devient soudainement une contrepartie pour aider à rembourser les dettes familiales. Ce déplacement — de l’aide à une contrepartie sexuelle — se produit encore aujourd’hui, souvent de manière plus subtile.
Pourquoi dans votre film Else s’appelle-t-elle Lili ?
Else est la forme ancienne d’Elisabeth et Lili la version moderne.
Vous avez travaillé avec la technique de “Virtual Production” sur NACKTGELD. Que se passe-t-il exactement sur le plateau et pourquoi ce choix était-il le bon pour ce film ?
Les acteurs évoluent devant un écran où sont projetés les décors ; nous avons tourné tout le film en studio avec des rétroprojections. Cela demande beaucoup de préparation et comporte certaines contraintes, mais cela m’a permis de rendre visible de manière originale la fusion entre la réalité et l’imagination.
Lili est sous une énorme pression : entre responsabilité familiale, morale sociale et une proposition intrusive. Qu’est-ce qui vous fascine chez elle en tant que personnage — et comment avez-vous rendu visible sa force intérieure tout en montrant sa vulnérabilité ?
La passion de Lili m’a touché dès la première lecture. Elle ne se laisse pas briser et cherche toujours sa propre voie. Cela se voit surtout dans le jeu de Deleila Piasko, qui porte avec précision cet équilibre entre résistance et fragilité.
Lili est censée sauver la famille — et elle paie ce prix avec sa dignité. Est-elle plutôt une figure classique de “victime” ou une héroïne malgré elle ?
À mes yeux, elle n’est ni victime ni héroïne. Lili est poussée dans un jeu où il n’y a pas de vraie issue, et elle essaie quand même de prendre ses responsabilités. Ses décisions sont contradictoires : on peut les comprendre et les remettre en question en même temps. C’est justement cela qui rend sa présence si intense.
Le chantage moral au centre du film est terriblement contemporain. Quelles parallèles sociétales vous ont particulièrement intéressé ?
Ce qui m’intéresse, c’est cette forme plus silencieuse de pouvoir : elle opère à travers des dépendances et des attentes tacites et crée des situations où il n’y a pas de bonne solution. Dans un tel climat, le mouvement #MeToo est devenu visible, et jusqu’à aujourd’hui cela n’a que peu changé.
La question du pouvoir, de l’identité, de la pression sociale traverse aussi vos films antérieurs. Comment cela se développe-t-il dans NACKTGELD ?
Pour moi, il s’agit d’une évolution : sortir de l’observation extérieure pour plonger intensément dans la crise intérieure d’un personnage.
Y a-t-il un moment dans le film qui, selon vous, porte le cœur même de l’histoire — l’instant où tout bascule ?
Oui, évidemment : au moment où Lili reçoit la lettre perturbante de sa mère, un film intérieur se met en route et ne s’arrête plus.
Merci pour cet entretien