Pour son style innovant et le dépassement des frontières entre documentaire et fiction, il a reçu de nombreuses distinctions nationales et internationales. Son dernier long métrage de fiction, basé sur la nouvelle « Fräulein Else » (1924) d’Arthur Schnitzler, prolonge cette force d’innovation : NACKTGELD a été entièrement tourné en studio, les lieux historiques de l’Engadine des années 1920 ayant été recréés à l’aide de projections 3D sur pellicule 16 mm.
LA MISE À NU
- Publié le 14. janvier 2026
Il est considéré comme l’un des réalisateurs suisses les plus audacieux : Thomas Imbach.
LA MISE À NU | SYNOPSIS
Les vacances d’été de Lili prennent une tournure inattendue lorsque sa mère la pousse à demander de l’argent à Dorsday, un ami de la famille, afin que son père n’aille pas en prison. Cette nuit-là, elle ne perd pas seulement sa dignité, mais aussi toutes ses certitudes d’autrefois.
Parmi les films les plus marquants de Thomas Imbach figurent :
HAPPINESS IS A WARM GUN (2001) : un film de fiction sur le couple tragique Petra Kelly et Gert Bastian, présenté en première à la Berlinale.
LENZ (2006) : également présenté en première à la Berlinale.
I WAS A SWISS BANKER (2007) : un « conte sous-marin » sur un banquier suisse, lui aussi montré à la Berlinale.
DAY IS DONE (2011) : un documentaire sélectionné en compétition à la Berlinale.
MARY QUEEN OF SCOTS (2013) : un drame historique en langue anglaise présenté au Festival international du film de Toronto (TIFF).
MY BROTHER MY LOVE (Glaubenberg) (2018) : présenté en première en compétition au Festival de Locarno.
NEMESIS (2020) : ce film a célébré sa première internationale en compétition à l’IDFA (International Documentary Film Amsterdam) et y a remporté le prix de la meilleure photographie.
À propos du livre
« Fräulein Else » est une nouvelle publiée en 1924 par Arthur Schnitzler et compte parmi les textes les plus importants de la modernité viennoise. Elle met au centre Else, dix-neuf ans, qui passe des vacances dans une élégante station thermale avec des parents. Une nouvelle lui parvient de Vienne : son père est lourdement endetté et risque la prison. Else doit demander de l’argent à une riche connaissance — mais celui-ci lie son aide à une exigence troublante : Else doit se montrer nue devant lui.
Le récit suit son monologue intérieur et rend sensible la manière dont elle est déchirée entre devoir familial, pression sociale et dignité personnelle. Schnitzler dresse le portrait psychologique saisissant d’une jeune femme dont l’autodétermination devient une monnaie d’échange — une étude oppressante, et jusqu’à aujourd’hui étonnamment actuelle, sur le pouvoir, la morale et l’autonomie féminine.
LA MISE À NU | CRITIQUE
Vu pour nous par Rolf Breiner
Mettre sa peau en jeu
Une société mondaine au tournant du siècle. Le point de départ est connu : la nouvelle « Fräulein Else » d’Arthur Schnitzler, publiée en 1924, raconte le conflit intérieur d’une jeune femme chargée par sa famille de demander de l’argent — à un prix qui met sa dignité en question. Thomas Imbach reprend cette situation initiale, la transpose cinématographiquement dans un présent de la perception tout en restant solidement ancré dans l’époque.
Lili (Delaila Piasko) séjourne dans un grand hôtel de montagne lorsqu’elle apprend la détresse existentielle de son père : détournement de fonds, dettes, prison imminente. Le salut semble à portée de main — sous la forme du riche monsieur Dorsday (Milan Peschi), prêt à payer. Sa contrepartie : Lili doit se montrer nue devant lui. Aucun contact physique, aucun acte explicite — et pourtant une atteinte profonde.
Entre devoir et autodétermination
Contrairement au monologue intérieur de Schnitzler, le film doit trouver d’autres moyens. Imbach raconte radicalement du point de vue de son héroïne. La caméra reste proche de Lili, de ses hésitations, de ses oscillations, de son déchirement intérieur. D’un côté la loyauté envers le père, de l’autre l’odeur de la prostitution, de la féminité achetée.
NACKTGELD est un huis clos sur les rapports de pouvoir. Sur une société où le corps des femmes est considéré comme une marchandise — et sur une femme exposée à ce regard. Lili est belle, désirée, observée. Mais Imbach refuse systématiquement toute approche voyeuriste.
La nudité comme projection
Aussi paradoxal que cela puisse paraître : dans NACKTGELD, il y a très peu de nudité. À part un dos, le dévoilement se joue surtout dans les têtes — chez les hommes du film comme chez le public. Il s’agit moins de sexualité que de fantasmes masculins, de contrôle, de revendications de possession.
Lili va jusqu’au bout. Elle s’expose — au sens propre comme au sens figuré — devant la société réunie de l’hôtel. Son geste est à la fois une accusation et un acte d’émancipation. « C’est une histoire #MeToo », dit Thomas Imbach lui-même, « où l’abus de pouvoir et la discussion autour du patriarcat sont au centre. » Le film rend ces structures visibles sans les exhiber de manière démonstrative.
Un casting idéal et une approche intemporelle
Avec Delaila Piasko (« Les Confessions de l’escroc Felix Krull »), Imbach a trouvé une interprète idéale. Son jeu est maîtrisé, vulnérable, d’une grande concentration — fascinant. Elle porte le film avec une présence qui dépasse largement les mots.
Particulièrement remarquable est le contexte de production : NACKTGELD a été entièrement tourné en studio grâce à la virtual production. Le paysage de montagne, les espaces de l’hôtel, l’atmosphère — tout est créé numériquement. Le tournage n’a duré que cinq semaines. Cet environnement artificiel renforce l’impression d’enfermement, d’être observé, et donne au film une modernité inattendue. Le drame est tout sauf muséal, bien qu’il se déroule dans les années 1920.
Conclusion
NACKTGELD est un psychodrame sensuel, intelligent et dérangeant sur le pouvoir, les régimes du regard et l’autodétermination féminine. Thomas Imbach traduit avec force la matière de Schnitzler dans une forme intemporelle et profondément actuelle. Un film qui ne montre pas — mais fait ressentir, et qui marque justement pour cette raison longtemps après.