Visions du Réel présente depuis 1969 des œuvres audacieuses et singulières, empreintes de réalités passées, présentes ou futures. Pendant 10 jours, le Festival fait de Nyon un point de convergence où plusieurs générations de cinéastes et artistes du monde entier retrouvent un public fidèle et découvreur. Reconnu comme l’un des festivals majeurs dédiés au cinéma du réel dans le monde, il présente une majorité de films en première mondiale. Rencontre avec sa directrice artistique Emilie Bujès.
Emilie Bujès - Directrice artistique Visions du Réel
- Publié le 1. avril 2025
Directrice artistique de Visions du Réel depuis huit ans, Emilie Bujès répond à nos questions sur les tendances de cette 56e édition !
Directrice artistique de Visions du Réel, Emilie Bujès est aussi conseillère à la programmation à la Quinzaine des Réalisateurs. Elle a été auparavant Directrice artistique adjointe au Festival International du Film de La Roche-sur-Yon, membre de commission au CNAP (Paris) et a enseigné à la HEAD–Genève et à la HKB (Berne). Commissaire d’exposition au Centre d’Art Contemporain Genève (2010–2014), elle a par ailleurs notamment contribué aux programmes des Centre d’Art Contemporain Vilnius, LUFF, Transmediale ou Forum (Berlinale).
Interview par Ondine Perier
Comment vous sentez-vous à quelques jours de l’ouverture ?
Bien ! Nous sommes en pleine finalisation et ressentons une grande excitation. Cette édition, fruit de mois de travail, offre une programmation riche et variée qui devrait rencontrer son public !
*Est-ce un accord collégial de choisir BLAME de Christian Frei en ouverture de cette 56ème
édition?*
Le choix du film d’ouverture, BLAME de Christian Frei, s’est fait de manière collégiale. Cette sélection s’inscrit dans une volonté d’attirer un large public, y compris des spectateurs qui ne viennent qu’à ce type d’événement.
Une fréquentation record l’année dernière avec plus de 50 000 entrées. Vous vous attendez à un visitorat de cette ampleur cette année également ?
Après un record de fréquentation avec plus de 50 000 entrées l’année dernière, l’objectif est de faire encore mieux, c’est bien sûr un des buts de l’exercice, en sachant que nous restons tributaires des aléas de la météo et des vacances scolaires.
Vous avez toujours la volonté d’attirer les jeunes ?
L’ambition est d’attirer un large public, notamment les jeunes, grâce à une programmation
diversifiée et une identité graphique renouvelée. Mais nous avons à coeur d’intéresser aussi notre fidèle public qui vient depuis des années et est un peu plus âgé. Le nombre de films permet facilement de pouvoir toucher un très large public. Parmi les films susceptibles d’intéresser les jeunes on compte notamment, LA VRAIE VIE, une série filmée dans un jeu vidéo, NIÑXS, un documentaire assez “pop” sur une fille trans au Mexique, ou encore 67 MILLISECONDES, qui interroge la légitimité des interventions policières en France à travers des images de caméras de surveillance. La section «Opening Scenes», dédiée aux premiers courts métrages, reste également un vivier de découvertes audacieuses, tout comme la Compétition Internationale Moyens et Courts Métrages ou la compétition Burning Lights.
Quelles sont les thématiques fortes qui se dégagent de la programmation ?
Les thématiques dominantes cette année restent la famille, la migration et les conflits. On observe aussi un intérêt accru pour la science et le thème de la nature abordé de manière sensuelle, sensorielle. Beaucoup de films s’ancrent fortement dans des paysages, ou même observent des arbres et leur texture, témoignant d’une sensibilité environnementale grandissante.
Est-ce qu’il y a un coup de pouce de Visions du Réel pour la sortie des films primés ?
Le festival Visions du Réel joue avant tout un rôle important dans la mise en lumière des films, comme THE LANDSCAPE AND THE FURY, primé l’an dernier et qui sort en Suisse en mai. Cette reconnaissance facilite en effet son parcours en festival et son exposition médiatique, contribuant à son rayonnement international. Dans ce cas précis, il s’agit par ailleurs d’un grand film, à l’essor duquel nous sommes heureux·ses d’avoir participé. En outre, nous avons un programme intitulé Visions du Réel on Tour, dont l’objectif est d’accompagner les sorties de films lancés au Festival, ou de programmer des films tout au long de l’année aux Cinémas Capitole de Nyon.
*Quel est le poids de la Suisse alémanique dans le festival ? Avez-vous des chiffres sur la
fréquentation du public germanophone ?*
Elle était de 11% l’an dernier. La couverture médiatique en Suisse alémanique est environ de 200 contenus contre 400 en Suisse romande, ce qui n’est pas rien ! L’importance de la Suisse alémanique est soulignée cette année avec l’ouverture du festival par un film suisse allemand, un geste fort pour attirer davantage de presse et de spectateurs germanophones, ainsi que pour montrer l’ancrage fort du Festival en Suisse, pas uniquement romande. De plus, l’offre en ligne permet d’élargir cet accès à distance.
Vous avez aussi pensé à l’accessibilité pour le public suisse allemand en termes de logistique ?
Tout à fait, des ajustements ont été faits, comme déplacer les masterclasses en début d’après-midi afin que les spectateurs de Suisse alémanique puissent venir en train et repartir dans la journée. De plus, le programme VdR at School, destiné aux enseignants, est disponible en allemand avec des films sous-titrés et des fiches pédagogiques adaptées.
Parmi les 57 pays représentés cette année, y a-t-il des zones où il est plus difficile d’obtenir les droits des films ?
Ce n’est pas tant un problème de droits qu’un problème de production. Dans certains pays, il est plus difficile de faire des films, ce qui limite leur présence en festival. Par exemple, un film vietnamien et un film du Myanmar figurent cette année à la programmation, ce qui reste plus rare. A l’opposé, il est parfois plus compliqué d’obtenir des premières mondiales de films américains, par exemple, en raison de laconcurrence entre festivals.
Vous êtes à la tête du festival depuis huit ans. Quelles ont été les évolutions majeures de Visions du Réel durant cette période ?
Beaucoup de choses ont changé, notamment l’extension du digital, qui a permis d’attirer un public plus jeune et d’améliorer la communication visuelle du festival. L’offre en ligne a été renforcée, tout comme l’aspect visuel en mouvement pour dynamiser l’image du festival. L’ouverture aux jeunes publics s’est aussi intensifiée, et les invités sont désormais plus internationaux et hybrides dans leur pratique entre fiction et documentaire. L’inclusivité est aussi un point central, avec des séances audio-décrites, des masterclasses traduites en langue des signes et une attention particulière portée à l’accessibilité des contenus pour tous les publics.
Y a-t-il des nouveautés cette année ?
Oui, notamment une augmentation du nombre d’ateliers pour enfants, abordant par exemple l’image en mouvement et le son. Nous avons poursuivi et encore étendu l’initiative récente de demande d’abaissement d’âge légal qui a été introduite pour certains films afin de permettre aux familles de les découvrir ensemble. En effet, un film projeté en festival comme première mondiale se voit attribuer automatiquement l’âge légal de 16 ans. Nous faisons donc une sélection de films qui nous semblent adaptés à des publics plus jeunes et les envoyons à la commission chargée d’assigner un âge.
Et du côté des infrastructures, des améliorations ont-elles été apportées ?
Oui, chaque année, des changements sont apportés pour améliorer les conditions de projection. Cette année, la grande salle du festival bénéficie de nouvelles banquettes et d’une meilleure inclinaison, offrant un confort accru et une meilleure lisibilité des sous-titres. L’an dernier, une nouvelle caisse de projection avait déjà été ajoutée pour optimiser l’expérience visuelle dans une autre salle.
Emilie, merci beaucoup et plein de bonnes ondes pour cette 56e édition !
Merci beaucoup et au plaisir de vous y accueillir !